PSYCHOLOGUE A DOMICILE - POITIERS

Marie Jeuland-Wallez

Psychologue pour enfants, familles, adolescents
Consultations à domicile, dans le département de la Vienne
Contact et prise de rendez vous au : 07.63.41.35.26

Enfant précoce ?

L’enfant dit « précoce », comment le reconnaître ? comment le comprendre et l’accompagner ? Vastes questions.

L’objectif ici est d’éclairer les parents qui se questionnent sur le fonctionnement de leur enfant et que l’on a orientés vers la piste de la précocité. Il s’agit d’une présentation générale et non exhaustive, car il n’existe pas qu’un seul profil d’enfant précoce, qui a pour but aussi de faire tomber quelques idées reçues.



  • Intelligence, fonctionnement cognitif : définition, intérêt et mesure

Je ne parlerai pas ici d’intelligence, car c’est une notion, un concept bien trop vaste, difficile à délimiter et à quantifier. Je parlerai de fonctionnement cognitif. La cognition c’est tout ce qui à trait à la connaissance, c'est-à-dire les grandes fonctions intellectuelles qui permettent l’acquisition de savoir et savoir faire, telles que l’attention, la mémoire, le raisonnement logique...

L’intérêt pour le fonctionnement cognitif, sa mesure et son implication dans les apprentissages se développent au début du 20ème siècle. En effet, en 1905, suite à l’obligation scolaire, Alfred Binet, psychologue et pédagogue, est chargé par le ministère de l’éducation nationale de l’époque de construire un outil de dépistage afin d’identifier les élèves déficients, incapables de suivre l’enseignement en classe ordinaire. On voit apparaître les prémices de l’éducation spécialisée. Le premier test psychométrique voit le jour. Il permettait d’estimer un âge mental qui, comparé à l’âge réel, permettait de déduire le stade de développement de l’enfant par rapport à la moyenne. Les tests d’aujourd’hui sont inspirés de cette démarche, ils permettent d’évaluer les grandes fonctions cognitives en identifiant les points forts et les points faibles par rapport à une tranche d’âge.

Peu fréquente au départ, l’utilisation des tests se développera surtout avec la création de la psychologie scolaire en 1945. A partir de là, ils seront majoritairement utilisés pour détecter et aider les élèves dans l’incapacité de suivre les enseignements généraux en classe ordinaire du fait d’une déficience, de troubles spécifiques, d’un handicap…Donc principalement sur le plan du déficit.

Or, en 1911 déjà, Binet avait repéré les besoins particuliers de certains enfants dit « trop intelligents », avec déjà l’idée de respecter les rythmes de développement de chaque enfant en adaptant les cursus. Il faudra pourtant attendre 2005, soit un siècle après la création du premier test psychométrique, pour que le ministère de l’éducation nationale reconnaissance officiellement ce type d’enfant et leurs besoins spécifiques en matière d’éducation.



  • Place des enfants intellectuellement précoces

En effet, l’intérêt pour le thème de la précocité intellectuelle est assez récent et soulève de nombreuses questions sur se prise en compte et réveille beaucoup d’idées reçues.

En premier lieu, la question de la terminologie, qui n’est pas si anodine car souvent liée à de fausses représentations d’excellence et des préjugés tenaces. Tout d’abord appelé « surdoué », ce terme renvoie à l’idée d’un don, d’une supériorité et place l’enfant, dans l’imaginaire collectif, sur un piédestal, sorte de petit génie qui n’a pas besoin d’attention particulière car il est déjà favorisé. Ce terme est donc réducteur et dangereux. Ensuite « enfant intellectuellement précoce », ce terme induit l’idée d’une avance qui se compenserait ensuite, ce qui ne correspond pas à la réalité et à la spécificité de leur fonctionnement. Il peut aussi induire l’idée d’un besoin de surstimulation pour garder cette « avance » et ne pas la « gâcher » et comment appeler les adultes ? Aujourd’hui, on parle « d’enfant à haut potentiel », ce qui parait peut être plus adapté et moins stigmatisant. Avec la notion de « potentiel » on comprend mieux que l’enfant a de grandes capacités et qu’il peut potentiellement être très performant s’il sait et veut s’en servir.

J’alternerai peut être entre « précoce » et « haut potentiel », surtout par habitude et par facilité.

Ces enfants représentent 2 à 3% de la population générale, soit environ 200 000 élèves de 6 à 16 ans. Ce n’est donc pas un épiphénomène. Ce taux est stable, il n’y a donc pas plus d’enfants précoces aujourd’hui qu’avant, ce n’est pas « une mode », ces enfants sont mieux repérés aujourd’hui car les professionnels sont mieux formés et informés.

La précocité n’est pas un handicap, ce qui explique en partie l’intérêt seulement récent qu’on lui porte, mais elle peut créer des difficultés dans différents domaines : relationnel, affectif, scolaire. Pour aider ces enfants, il faut mieux les comprendre.



  • Quelques caractéristiques

Au plan descriptif, se sont généralement des enfants vifs et curieux, dès le plus jeune âge ils posent beaucoup de questions (parfois déroutantes, dont l’adulte n’a pas toujours la réponse, questions existentielles), avec très tôt une aisance dans la communication verbale et un vocabulaire riche. Les premiers apprentissages se font généralement relativement tôt (marche, parole, lecture…)

Toujours dans la réflexion, ils peuvent être anxieux et hyper sensibles, avec un excès d’empathie, le sentiment d’injustice est insupportable et difficile à gérer.

En quête de stimulations intellectuelles, ils ont besoin de nouveauté, ils n’aiment pas les routines, les actes répétitifs comme les contraintes du quotidien. Ils ont souvent leur propre façon de faire et peuvent avoir du mal à se plier à une méthode s’ils ne mettent pas de sens dessus, ils préfèrent apprendre par eux même. Ils sont plus intéressés par ce qu’ils ne savent pas encore, que par la vérification des acquis. Ils veulent aller vite et peuvent faire des fautes d’étourderie, avec parfois un manque d’organisation et une agitation motrice constante. L’échec ou simplement son éventualité peuvent être difficiles à accepter et créer des situations d’évitement ou de rejet.

Ces enfants vivent plusieurs décalages, ce qu’on appelle des « dyssynchronies » entre : leurs capacités intellectuelles et leur maturité affective, leur capacités intellectuelles et leur développement psychomoteur, décalages avec leur pairs du même âge ou du même niveau cognitif… Ces dyssynchronies peuvent s’accentuer du fait de nos représentations, bien souvent leurs performances sont conformes à leur âge, mais nous avons tendance à les comparer avec des enfants plus âgés du fait de leur avance dans d’autres domaines.

L’ensemble de ces éléments montre que leur développement n’est pas linéaire, ils ne fonctionnent pas comme des enfants plus âgés, ils ont leur fonctionnement spécifique. Il est donc important d’ajuster nos attentes vis-à-vis d’eux. En effet, on ne peut pas attendre d’eux la même chose que des enfants plus âgés et on ne peut pas attendre d’eux la même chose dans tous les domaines.



  • Un fonctionnement cognitif spécifique

Le haut potentiel n’est donc pas de l’intelligence en plus, mais des spécificités cognitives. Etre à haut potentiel n’est pas être quantitativement plus intelligent, mais fonctionner avec une intelligence qualitativement différente.

Les avancées des neurosciences semblent montrer une hyperactivation cérébrale. Les réseaux de neurones seraient activés en continue, avec peu de phase de repos. Les informations seraient transmises plus rapidement, mais aussi plus largement, c'est-à-dire que les informations ne sont pas traitées par une zone spécifique, mais par toute les ères cérébrales, ce qui donne une vision globale, mais complique aussi la focalisation de l’attention sur l’information pertinente.

La pensée se développe en arborescence, à grande vitesse, parfois sans hiérarchie, c’est pourquoi l’enfant a du mal à expliquer son raisonnement, le déroulement de sa pensée. Il sait, mais ne sait pas comment. Il manque de métacognition, c'est-à-dire de contrôle sur la construction de sa pensée et peut donc avoir du mal à l’expliquer aux autres.

La pensée n’est pas linéaire, avec un début, un développement par étapes et une fin. C’est une pensée en réseau, chaque idée active de nouvelles idées ou des connaissances antérieures, des liens se font à l’infini. Ce système conduit à une pensée très créative, mais peut aussi être source de difficultés d’adaptation supplémentaires et parfois sources d’angoisses. La pensée se déploie sans limite et peut donc manquer de structure, l’enfant peut avoir du mal à sélectionner les informations pertinentes, il a besoin d’être accompagné, guidé, pour structurer son raisonnement, avoir un cadre qui délimite le champ de sa réflexion, pour éviter de se disperser et mieux comprendre ce qu’on attend de lui. En effet, l’implicite n’est pas toujours bien compris, ce qui peut amener à des incompréhensions voire des conflits (impression qu’il fait exprès de ne pas comprendre). D’où l’importance de formuler clairement les consignes, avec un vocabulaire précis, pour qu’il n’y ait pas d’erreur d’interprétation.

D’autre part, le seuil d’activation du cerveau dépend du niveau de difficulté de la tache et de l’intérêt pour celle-ci. Quand les demandes d’attention et de performances augmentent, les régions du cerveau impliquées dans cette tache sont plus nombreuses. Chez les enfants à haut potentiel, le seuil d’activation est plus élevé, donc si la tache n’est pas assez complexe ou stimulante, le cerveau ne s’active pas de façon aussi étendue. « Moins le cerveau de l’enfant précoce est stimulé par le complexe, plus il bute sur l’élémentaire ». En effet, lorsqu’une réponse lui parait trop simple, l’enfant peut l’écarter, sorte d’autocensure, et répondre « je ne sais pas ». Les capacités sont là, mais bloquées par manque de stimulation et d’intérêt et donc la motivation et l’envie diminuent.



  • Motivation et affects

La motivation est également très importante dans les performances cognitives. Le sens de l’effort se développe dans le plaisir d’apprendre et de réussir de nouvelles choses, c’est le moteur de tout apprentissage. Pour avoir envie de s’investir dans les apprentissages l’enfant précoce a d’abord besoin de mettre du sens, puis d’être suffisamment stimulé, c'est-à-dire que le niveau de difficulté doit être adapté au niveau de fonctionnement intellectuel de l’enfant. Dans le cas contraire, l’enfant peut se sentir frustré, se désintéresser de sa scolarité, voire perdre confiance en lui et se sentir incompétent car non adapté à l’école.

On voit le poids de l’affectif et de la motivation dans la mobilisation des ressources cognitives. « Pour réussir, une estime de soi élevée est souvent plus efficace qu’un QI élevé ».



  • L'attention

L’attention est l’une des premières composantes du fonctionnement cognitif. Elle intervient dans les apprentissages, sous toutes ses formes et est indissociable de la motivation. Au niveau attentionnel, les enfants précoces sont souvent comparés aux enfants hyperactifs, car la description des symptômes du déficit attentionnel s’apparente fortement à la description des comportements caractéristiques de l’enfant à haut potentiel qui s’ennui : bavardages, agitation psychomotrice, difficulté à maintenir son concentration… Pourtant, il sait de quoi parle le cours, car son attention est dispersée sur plusieurs canaux en même temps, il peut traiter plusieurs sources d’informations en même temps. Pour être attentif on pourrait dire qu’il a besoin de faire plusieurs choses à la fois, si on le contraint à l’immobilisme on perd son attention. A l’inverse, il peut faire preuve d’une attention soutenue et exclusive très importante sur une tache qui le passionne. Nous rejoignons encore une fois les notions de motivations et de stimulation .



  • Identifier un enfant comme étant à haut potentiel intellectuel c’est reconnaître et accepter son fonctionnement cognitif particulier, reconnaître qu’il n’existe pas un seul mode de pensée. Pris en compte dans sa singularité, l’enfant pourra s’autoriser à être lui-même, on ne lui demande plus d’inhiber son fonctionnement pour s’adapter, mais on s’adapte à lui pour l’aider à grandir et à réussir. Une bonne connaissance de son mode de pensée, de son rythme de développement et surtout de ses caractéristiques affectives (car la précocité n’est pas qu’une affaire cognitive, elle est complexe et multidimensionnelle) est nécessaire pour adapter la scolarité et l’éducation à ses spécificités.